02/08/2010

L'infinie détresse du caïman noir



Soirée morne. Bol de verveine en main, j'ouvre mon Encyclopédie exhaustive des Créatures de Dieu, au hasard Balthazar, en quête d'émerveillement. Page 237, section "reptiles et autres créatures visqueuses". Je lis :

« Le caïman noir est un reptile de toute beauté, aujourd'hui en voie de disparition. Surnommé le "roi des marigots", il a régné pendant des lustres sur les cours d'eau des territoires amérindiens avant que la chienlit bipède ne s'intéresse à son cas. Chassé dans le seul but d'être transformé en sacs à main pour greluches hype (le noir d'ébène de sa peau est particulièrement prisé), il a quasiment disparu de la surface du globe. Quelques exemplaires se terrent au fin fond des affluents du Yomé Seuné, en Bolivie. Une dizaine, ce genre. Et encore. »

Et plus loin : « Le caïman noir se nourrit de chèvres et de chair humaine (enfants surtout). Quand ces deux mets disparaissent de son environnement, il se rabat sur les nénuphars qu'il mâchonne d'un air triste. Après plusieurs mois de ce régime, sa peau mute/mue, se fait verte, puis grise. Soudain bêtement commun, il devient la risée des marécages. Certains choisissent le suicide et se jettent du haut des chutes d'Humiridis,
en groupe. Les autres restent plantés dans la boue d'un air stupide, vaincus. Triste spectacle.
»

Mauvaise pioche. Je lève la tête de ma lecture, les yeux embués de tristesse. Repose ma verveine. Et débouche cette bouteille de saké millésimé offerte par Greenpeace Japan après la destruction des sept baleiniers d'Hokkaido (Pentrite). La nuit va être longue. Des nénuphars comme seul dîner ? Bordel. Pauvre, pauvre caïman noir.

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